La glacière

La glacière

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La glacière

Cette glacière située au commencement de l’actuelle rue des Tilleuls était donc à proximité immédiate de la gare, et date des années ayant suivi le traité de Francfort probablement de 1873 ou 1875.

Elle se présente sous l’aspect d’une tour ronde d’une douzaine de mètres, aux ¾ enterrée et à double paroi. L’entrée, de la largeur d’une porte ordinaire se trouvait au niveau du sol. L’intérieur revêtait la forme d’un puits de 3,5 m de diamètre de 8 m de profondeur depuis le sol. Tout au fond, une canalisation permettait l’écoulement des eaux dans un ruisselet qui coulait en contre-bas. Entre les deux parois constituées de murs de 45 cm d’épaisseur, presque exclusivement en blocs de grès des Vosges, l’on accédait par la porte à un « chemin de ronde » qui comportait une ouverture d’un mètre de largeur, donnant directement sur le haut de la fosse. Cet orifice avait double fonction: d’abord le déversement de la glace et sa récupération au fur et à mesure des besoins, et ensuite, le refroidissement du « chemin de ronde ». Le haut de la tour, en somme une sorte de chapeau du puits, était aussi à double paroi avec une circulation indépendante d’air, le tout recouvert de terre et entouré d’arbre dont l’ombre en accentuait encore la fraîcheur.

La glacière

En hiver, par les grands froids (car de l’avis unanime des personnes âgées, les hivers étaient plus rigoureux que de nos jours) les cultivateurs parmi lesquels citons entre autres les familles Cuenin, Besançon, Gevrier, Mangold, se rendaient avec leurs chariots à chevaux à la rivière, ou surtout au Canal du Rhône au Rhin. L’on brisait la glace de la surface gelée de ces plans d’eau et les morceaux en étaient chargés sur ces voitures, transportés puis déversés au coeur de la glacière jusqu’à son remplissage.

L’opération n’était pas si simple car il était indispensable que la glace soit d’une épaisseur conséquente donc en général qu’on intervienne par une température très basse. Ainsi la provision était assurée pour l’été car la conservation de cette masse gelée se maintenait sans problème pendant de nombreux mois. Dès que les journées chaudes apparaissaient, l’on allait retirer la glace au moyen de crochets spéciaux, car il fallait d’abord fractionner cette masse qui s’était agglomérée.
En principe, seul le buffet de la gare pouvait en disposer, mais un accord permettait à la commune d’en prélever si besoin était. De même, les médecins qui au XIX° et au début du XX° siècle, soignaient beaucoup à la glace, pouvaient en cas d’urgence, s’en faire délivrer. Seuls quelques particuliers privilégiés, comme la boucherie Braunstetter, par exemple, pouvaient de temps en temps bénéficier d’une attribution. De façon à utiliser au maximum les possibilités de ce réfrigérateur géant, l’on entreposait aussi les fûts de bière dans le couloir intérieur (entre les doubles parois).

Avec le rattachement de l’Alsace à la France après la guerre 1914-1918, la gare de Montreux-Vieux perdit son importance. Le magnifique buffet tomba en désuétude, la glacière n’avait plus de raison d’être; elle fut encore louée un certain temps à un boucher et un restaurateur de la place puis tomba dans l’oubli. L’un des derniers à l’approvisionner fut M. Edmond Besançon, garde-champêtre et paysan à ses heures, qui la convoyait du canal avec son tombereau et son cheval. Dans le même temps d’ailleurs la fabrication industrielle de la glace, distribuée régulièrement par les brasseries, s’était vulgarisée, et avait rendu inutile cette installation.Pendant des années, elle devint un lieu de prédilection pour les enfants de la localité.
Elle fut démolie en août 1985 par la SNCF.

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