Albert Erb né à Montreux-Vieux syndicaliste

ERB Albert syndicaliste

Né le 6 février 1905 à Montreux-Vieux (alors Altmunsterol, Haute-Alsace, Alsace-Lorraine), mort le 3 avril 1959 à Bischheim (Bas-Rhin) ; ajusteur ; secrétaire général de l’Union des syndicats de cheminots d’Alsace et de Lorraine (1947-1952) ; membre du comité fédéral du PCF du Bas-Rhin en 1947, puis du bureau fédéral (1948-1952) ; conseiller municipal et troisième adjoint au maire

Albert Erb était le fils de Philippe Erb et de Catherine Ehrenberger. Son père, ajusteur puis chef de brigade aux ateliers de chemin de fer de Bischheim, haut lieu du militantisme rouge ouvrier, ne s’exprimait qu’en dialecte.Albert Erb fit, lui aussi, un apprentissage d’ajusteur aux ateliers de chemin de fer de Bischheim et y trouva un emploi en 1919. Il fit son service militaire français à Toulon, dans la marine. Après un court séjour, aux ateliers de Basse-Yutz, où il commença à militer à l’Union des syndicats CGTU des cheminots d’Alsace et de Lorraine, il revint à Bischheim. Il parlait et écrivait le français, ce qui était rare chez les militants alsaciens.

Albert Erb avait adhéré au Parti communiste, était devenu secrétaire à l’organisation de la section de Strasbourg-campagne et membre du comité régional d’Alsace. Il fut élu, le 16 mai 1935, au conseil municipal de Bischheim et nommé 3e adjoint au maire communiste Émile Haag.

En 1939, les cheminots furent évacués à Périgueux (Dordogne). Albert Erb fut interné une première fois par la police française au camp de Magnac-Laval (Haute-Vienne) où étaient réunis des militants syndicaux alsaciens, et dont il réussit à s’échapper. Réintégré aux ateliers de chemin de fer désormais allemands, il tenta de reconstituer clandestinement la CGT. Les conditions de résistance étaient très difficiles. Ne tenant pas compte des avertissements de ses camarades, il fut arrêté au début de 1942 aux ateliers de Bischheim, interné au camp de sécurité et de rééducation de Schirmeck, condamné pour haute trahison le 25 janvier 1943 à la réclusion perpétuelle par le Volksgerichtshof (Cour de justice du Peuple) siégeant à Strasbourg. Emprisonné à Ludwigsburg, puis à Celle, près de Hanovre, il fut libéré par les Américains en avril 1945 et hospitalisé à Paris. Déjà titulaire de la médaille de la Résistance, il fut, par décret du 18 juillet 1946, et sur proposition du ministre des travaux publics, nommé chevalier de la Légion d’honneur.

Au cours du mois de novembre 1947, il avait participé, à la suite d’une décision du comité syndical franco-soviétique, à une délégation invitée à visiter les installations et sites ferroviaires, et examiner la situation matérielle, morale et culturelle des cheminots soviétiques. Il en fit un long récit publié, en français et en allemand, dans Le Cheminot de janvier 1948 : « 4 semaines en URSS. » Il décrivait comment les « ressources des travailleurs, l’organisation de la vie humaine en général, leur permettent de vivre aujourd’hui aisément, mieux qu’en France ». En décembre 1948, pour avoir approuvé l’ordre du jour du conseil national de la Fédération appelant au blocage des trains de charbon venant de l’étranger, son détachement syndical fut supprimé, ainsi que celui de Simbsler, et il fut obligé de reprendre temporairement son emploi de chef de brigade d’ouvriers aux ateliers de Bischheim. Lors de la grève du 23 mars 1951, il incita les cheminots du dépôt de Hausbergen à refuser les réquisitions individuelles « illégales ». Il tenta la même opération au dépôt de la Gare centrale de Strasbourg, mais fut sommé de quitter les lieux par le chef de dépôt. À partir du 1er janvier 1952, à la suite d’une décision ministérielle, comme tous les permanents CGT de la SNCF, sa rémunération ne fut plus versée par la SNCF, mais par la Fédération nationale.

Albert Erb avait retrouvé ses responsabilités politiques d’avant guerre. Il redevint 3e adjoint au maire communiste de Bischheim en 1945, mais perdit ce poste en 1947 lorsque le socialiste Georges Rossdeutsch (père) rompit l’alliance pour se faire élire maire. Il fut membre du comité fédéral en 1947, du bureau fédéral de 1948 à 1952.

Les Renseignements Généraux le présentaient en juin 1949 comme « beaucoup plus diplomate que [Georges] Mattern », mais jouissant de « la confiance totale du Parti communiste ». Cette position lui donnait une certaine marge de manœuvre quant à l’application des décisions nationales. Ainsi, le 30 mai 1952, après l’arrestation deJacques Duclos et André Stil*, il reconnut, lors d’un CA de l’Union, que le climat régional était peu favorable à une grève politique et qu’il faudrait se contenter de recueillir des signatures contre ces « mesures d’oppression ». L’« affaire Erb » éclata pourtant en octobre 1952, au sein du Parti communiste, quelques mois avant le procès de Bordeaux, où devaient être jugés les Alsaciens impliqués dans le massacre d’Oradour-sur-Glane. La position officielle du Parti communiste, imposée par Paris, de ne pas tenir compte de l’origine alsacienne des soldats de la division Waffen-SS Das Reich, incorporés de force, était condamnée par l’opinion publique alsacienne presque unanime. Au sein même du parti l’unanimité était loin d’être acquise. Les cheminots en particulier, si puissants dans la fédération bas-rhinoise, comptaient parmi les contestataires. Paris prit les devants et décida d’écarter de la direction fédérale un certain nombre de camarades jugés trop attachés à la défense des particularités alsaciennes. Le 20 octobre 1952, une commission fédérale se réunit pour examiner le dossier d’Albert Erb. Il lui fut officiellement reproché d’avoir donné, pendant son interrogatoire par la Gestapo en 1942 au camp de Schirmeck, les noms des camarades cheminots Adolphe Kleindienst, Charles Ebel, Haber etLouis Kieffer. Ce dernier s’était suicidé dans sa cellule. Ce fut donc un argument de morale politique qui fut avancé, et qui se présentait comme irréfutable, même s’il touchait un camarade encore auréolé par la condamnation nazie et la déportation.

Albert Erb se défendit en soulignant qu’il n’avait jamais caché son attitude et avait averti, dès les faits, le camarade Ott, interné lui aussi. De fait, à la Libération, la commission d’épuration n’avait rien retenu contre lui, la question des dénonciations pendant les interrogatoires ou sous la torture restant un problème délicat. Les renseignements généraux ayant fourni le dossier de la Gestapo au député MRP Schmitt, ancien cheminot lui aussi, des accusations voilées contre Erb avaient été lancées dans la presse syndicale de la CFTC dès 1948, sans plus de rebondissement. Sans nier ses responsabilités, Erb cita d’autres dénonciateurs, en particulier Léonard Keim, secrétaire fédéral, conseiller municipal et membre du comité central, dont il précipita ainsi la chute, déjà prévisible depuis quelques mois pour ses positions sur le procès d’Oradour. Les exclusions furent prononcées à la conférence fédérale des 28 février et 1er mars 1953. La presse communiste publia les aveux d’Albert Erb le 4 mars 1953 dans l’Humanité d’Alsace et de Lorraine., puis ceux de Keim, pour justifier les décisions du parti.

Le livre qu’il avait vraisemblablement écrit lui-même, peut-être avec l’aide de Georges Mattern et de Hœffel sur l’histoire de la résistance des cheminots alsaciens et lorrains, Heimat unterm Hakenkreuz, ne fut pas imprimé par la SEDAL (imprimerie du parti) et parut à 1 500 exemplaires chez un imprimeur de Schiltigheim, en 1953.

Les instances parisiennes de la CGT eurent dans le même temps à régler la question de son mandat syndical. L’affaire était délicate car Albert Erb avait le soutien de l’ensemble des cheminots du syndicat, en particulier des agents de conduite, des mécaniciens et des retraités qui menaçaient de faire sécession si Erb était contraint de démissionner pour ces motifs « extra-syndicaux », et qui revendiquaient une certaine autonomie de décision par rapport au Parti communiste (dont ils firent preuve à nouveau après la démission d’Erb, dans un tract au sujet du procès de Bordeaux, très mal apprécié des instances parisiennes). Erb se défendit à la commission exécutive du 17 novembre 1952. La version écrite de son discours révèle qu’il rappela qu’il avait commencé à organiser la résistance pendant l’évacuation, sans attendre des ordres, qu’en 1945 il avait d’abord refusé les responsabilités syndicales qu’on lui demandait de prendre, et n’avait pas participé aux débats du congrès de Bischheim, qu’il n’avait accepté le poste de secrétaire général que parce que les camarades insistaient pour lui confier cette fonction, et seulement après en avoir discuté avec les dénoncés survivants et la veuve de Louis Kieffer. Tout en reconnaissant sa faute, il mettait en cause les dirigeants syndicaux et politiques qui n’avaient pas pris part à la résistance et avaient « déserté » jusqu’à la Libération, où ils étaient réapparus. Il visait ainsi directement le secrétaire de l’UD du Bas-Rhin, Joseph Mohn, et Fassnacht, secrétaire du syndicat du Bâtiment, qui s’étaient réfugiés dans le département des Vosges durant toute la guerre, et, implicitement, des dirigeants nationaux. Il concluait solennellement ainsi : « Juger Erb, c’est juger le peuple alsacien-lorrain dans ses faiblesses, ses insuffisances et ses côtés forts. » La CE refusa la démission d’Albert Erb à l’unanimité, et convoqua un CA pour le 8 décembre. Raymond Tournemaine et Robert Hernio se déplacèrent de Paris à plusieurs reprises, inquiets d’une situation qui leur échappait à tout moment, d’autant que les débats avaient lieu en alsacien, et qu’il leur fallait se faire traduire les interventions. Conscient que sa démission, si elle était demandée par les instances parisiennes, pouvait provoquer une scission à l’Union des syndicats de cheminots d’Alsace et de Lorraine, AlbertErb annonça alors au CA que sa décision était irrévocable et qu’il avait d’ores et déjà demandé officiellement sa réintégration dans son poste aux ateliers de Bischheim. La CA lui vota une motion de confiance, accepta sa démission et désigna Émile Schmitt pour le remplacer. Albert Erb quitta ses fonctions syndicales le 1er février 1953, mais il continua d’assister aux réunions de bureau exécutif.

En mars 1954, Albert Erb fut exclu de la CGT, avec cinq autres militants, pour son attitude considérée comme malhonnête vis-à-vis du syndicat dans une affaire commerciale. L’Union A-L avait en effet, depuis 1949, mis sur pied une vente de chaussures fabriquées dans des entreprises alsaciennes menacées par la crise. Le succès de l’opération, qui rapportait de l’argent au syndicat des cheminots, l’avait fait étendre à d’autres syndicats. La direction nationale de la CGT voyait d’un mauvais œil cette activité commerciale lucrative et avait demandé que l’Union y mît un terme. Albert Erb s’était alors proposé, après sa démission de secrétaire général, pour liquider l’affaire. Il la reprit en fait à partir du 1er janvier 1953, avec ses amis du parti et du syndicat, sous couvert d’une « Association familiale des travailleurs des chemins de fer d’Alsace et de Lorraine », ayant son siège dans l’immeuble de l’Union. On évoqua, à ce sujet, l’hypothèse d’une dissidence communiste autonomisante qui évoquait la scission alsacienne de 1929, mais Erb n’était visiblement pas tenté par l’exemple de Mourer. Dès le 12 février, les responsables de la CGT avaient perturbé une réunion d’information organisée par l’Association familiale au « Cheval blanc » à Bischheim et avait empêché Erb de prendre la parole. Il réclama des sommes importantes à la CGT. Un procès opposa l’USCAL, représentée par l’avocat communiste Kaufmann, à l’Association familiale. Le Tribunal de Strasbourg débouta le 22 mars 1955 l’Union de sa plainte contre l’Association familiale et la condamna à lui verser 20 000 francs de dommages et intérêts. L’Union interjeta appel, mais, en juin 1957, elle s’en désista et accepta de régler le litige à l’amiable. Ces événements mirent fin à toutes ses activités.

Albert Erb, marié à Marie-Madeleine Kern, continua à habiter rue de Périgueux, dans la cité populaire des cheminots de Bischheim. Il mourut d’un cancer en 1959.

SOURCES : Arch. Dép. Bas-Rhin 544 D 4, 8, 9, 40, 41 et 1952. — Arch. Fédération CGT des cheminots. — Comptes rendus des congrès fédéraux. — Organigramme des organisations de gauche en Alsace établi par la police allemande le 19 septembre 1940 (Arch. du SED, Berlin). — Humanité d’Alsace et de Lorraine, 12 mai 1945, 3, 4 et 5 mars 1953. — Le Cheminot unifié, septembre 1945. — Le Cheminot, 1er août 1946, janvier 1948, février 1953 et mars 1954. — Revue des cheminots CFTC, mai 1955. — Ses souvenirs sur le Zuchthaus (maison centrale) de Celle dans Heimat unterm Hakenkreuz, 1953, p. 153-154, et 158-166. —Claude Lorentz, La presse alsacienne du XXe siècle. Répertoire des journaux parus depuis 1918, BNU, Strasbourg, 1997. — Témoignages de R. Hoffmann, F. Klaiber, Bondoerffer.

Françoise Olivier-Utard, Léon Strauss

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