18 juillet à Montreux-Vieux : des pionniers de l’aviation au sacrifice d’un héros du déminage
Le 18 juillet est une date qui réunit deux épisodes très différents de l’histoire de Montreux-Vieux. Le premier nous transporte aux derniers jours de paix de l’été 1914, alors que l’Europe est sur le point de basculer dans la Première Guerre mondiale. Le second nous rappelle les difficiles lendemains de la Seconde Guerre mondiale, lorsque des hommes courageux risquaient chaque jour leur vie pour débarrasser la France des milliers de mines abandonnées sur son sol. Deux histoires méconnues, mais qui méritent d’être racontées.
18 juillet 1914 : un avion français se pose en territoire allemand
À la veille de la Première Guerre mondiale, l’aviation militaire n’en est encore qu’à ses débuts. Les avions sont fragiles, les instruments de navigation rudimentaires et les pilotes se repèrent essentiellement grâce aux reliefs, aux rivières, aux routes et aux forêts. Une simple erreur d’orientation peut rapidement conduire un équipage à plusieurs dizaines de kilomètres de sa destination.
C’est précisément ce qui se produit le 18 juillet 1914.
Ce jour-là, un aéroplane militaire français, piloté par le lieutenant aviateur Trétarre, accompagné du capitaine Moquet, officier du 171ᵉ régiment d’infanterie de Belfort, effectue un vol de reconnaissance dans la région de Montbéliard. Au cours du voyage de retour, les deux officiers prennent par erreur la Forêt-Noire pour le massif des Vosges. Sans s’en rendre compte, ils franchissent la frontière et pénètrent en territoire allemand.
Comprenant finalement leur méprise, ils décident d’atterrir dans la commune de Hirtzfelden, afin d’éviter tout incident plus grave.
À peine descendus de leur appareil, ils demandent immédiatement où se trouvent la mairie et la gendarmerie. Leur attitude franche et leur volonté de régulariser la situation sont appréciées des autorités allemandes.
Rapidement arrivent sur les lieux le directeur du district, le procureur ainsi qu’un officier de la section d’aviation de Fribourg. Malgré les tensions diplomatiques extrêmement fortes entre la France et l’Allemagne durant cet été 1914, les deux officiers français sont reçus avec une parfaite courtoisie. En attendant les ordres du commandement général de Carlsruhe, le procureur les invite même à partager son déjeuner.
Après plusieurs heures d’attente, la décision tombe : les officiers français pourront regagner leur pays après la rédaction d’un procès-verbal officiel. Leur avion est démonté avec soin puis transporté jusqu’à Montreux-Vieux, important nœud ferroviaire frontalier, afin de faciliter son rapatriement. Les deux militaires rejoignent Belfort dans la soirée.
Quelques jours plus tard seulement, le 28 juillet, la Première Guerre mondiale éclate. Ce simple incident aérien apparaît aujourd’hui comme l’un des derniers épisodes de relative cordialité entre les deux nations avant quatre années d’un conflit d’une violence sans précédent.
1945 : une France à reconstruire… et à déminer
Trente et un ans plus tard, une autre page de l’histoire s’écrit.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale prend fin en 1945, la France est certes libérée, mais elle demeure un immense champ de dangers. Les armées allemandes, alliées et parfois même les réseaux de résistance ont disséminé des centaines de milliers de mines dans les forêts, les champs, les chemins, les prairies ou encore le long des routes et des voies ferrées.
Les populations n’osent plus cultiver leurs terres, emmener les troupeaux dans les pâturages ou laisser les enfants jouer librement. Chaque pas peut être fatal.
Le 21 février 1945, le Ministère de la Reconstruction crée officiellement le Service du Déminage. Cette mission gigantesque est confiée à environ 3 200 volontaires français, rejoints par près de 30 000 prisonniers de guerre allemands, dont beaucoup participeront activement au nettoyage du territoire.
Le travail est particulièrement dangereux. Les démineurs ne disposent pratiquement d’aucune expérience. Les techniques modernes de neutralisation n’existent pas encore et chaque intervention représente un risque permanent.
Georges Schultz : le courage au service des autres
Parmi ces hommes figure Georges Schultz, habitant de Montreux-Vieux.
À la fin de la guerre, cet homme de 36 ans est père de six jeunes enfants. Comme beaucoup de Français, il peine à retrouver un emploi. Soucieux d’assurer l’avenir de sa famille, il choisit de s’engager dans le Service du Déminage, pleinement conscient des dangers auxquels il s’expose.
Très rapidement, ses supérieurs remarquent son engagement, son efficacité et surtout son courage hors du commun. Ses compagnons racontent qu’il ne reculait devant aucune mission. Son audace était telle qu’il rapportait parfois chez lui certains engins explosifs découverts sur le terrain, qu’il entreposait dans la cave de sa maison. Une pratique qui paraît aujourd’hui inimaginable mais qui témoigne à la fois de la rudesse des conditions de travail et du caractère intrépide de cet homme.
Le 18 juillet 1945, alors qu’il intervient dans une forêt près d’Ueberstrass, Georges Schultz découvre une mine. En la transportant pour la mettre en sécurité, il trébuche accidentellement. Dans sa chute, l’engin explose.
Le démineur est tué sur le coup.
Il laisse une épouse et six enfants en bas âge.
Reconnu Mort pour la France, son nom est gravé sur le monument aux morts de Montreux-Vieux, rappelant aux générations futures le sacrifice de cet homme qui a donné sa vie pour rendre les campagnes à nouveau accessibles et sûres.
Le courage d’une mère de famille
La disparition de Georges Schultz bouleverse profondément sa famille.
Son épouse, Cécile Karm, se retrouve seule avec six enfants : Georges, Hubert, Huguette, Raymonde, Cécile et Andrée.
Pour faire vivre sa famille, elle choisit d’exercer le métier de modiste, un véritable artisanat d’art. Elle crée et confectionne des chapeaux pour femmes et pour hommes, entièrement réalisés à la main. À cette époque, le chapeau est un accessoire indispensable de la vie quotidienne, particulièrement lors des cérémonies religieuses ou des sorties dominicales.
Grâce à un courage et une détermination remarquables, elle parvient à élever seule ses enfants, qui connaîtront tous une belle réussite professionnelle.
Parmi eux se trouve Andrée, née le 21 novembre 1944 dans la cave d’une maison de la Grand’Rue de Montreux-Vieux, aujourd’hui propriété de M. A. Trabold. Elle n’avait que huit mois lorsque son père trouva la mort. Aujourd’hui encore, son témoignage contribue à faire vivre cette mémoire familiale.
Le devoir de mémoire
Ces deux événements survenus un 18 juillet rappellent combien l’histoire locale est intimement liée à la grande Histoire.
Le premier témoigne des débuts de l’aviation militaire et des tensions internationales qui précèdent la Première Guerre mondiale. Le second rend hommage à ces centaines de démineurs qui, au lendemain de la Libération, ont accepté de risquer leur vie pour permettre aux habitants de retrouver leurs terres, leurs forêts, leurs villages et une existence normale.
À Montreux-Vieux, le nom de Georges Schultz demeure le symbole de ce courage discret. Son sacrifice, comme celui de tant d’autres démineurs, mérite d’être transmis aux générations futures afin que leur engagement ne sombre jamais dans l’oubli. Grâce à ces hommes, des milliers d’hectares de terres ont pu être rendus à l’agriculture, les forêts sont redevenues accessibles et les familles ont pu reprendre une vie paisible.
L’histoire de Montreux-Vieux ne se résume pas aux grands événements nationaux ; elle est aussi faite de ces destins individuels qui illustrent, avec force et émotion, le courage, le sens du devoir et l’espoir d’un avenir meilleur.



















