Que s’est-il passé à Montreux-Vieux un 19 juillet ?

19 juillet à Montreux-Vieux : entre destin brisé, hommage et devoir de mémoire

Le 19 juillet a laissé dans l’histoire de Montreux-Vieux des souvenirs aussi contrastés que marquants. Entre les difficultés vécues par les Alsaciens à la fin du XIXᵉ siècle, l’émotion d’un dernier hommage rendu à un cheminot respecté et le souvenir d’une habitante de la commune, cette date nous rappelle combien les destins individuels sont intimement liés à l’histoire locale.

En 1892, la situation politique de l’Alsace, alors annexée à l’Empire allemand depuis 1871, bouleverse la vie de nombreux habitants. C’est le cas d’un Alsacien nommé Rieffer, qui, après avoir accompli cinq années de service dans la Légion étrangère française, tente de revenir dans son pays natal. Faute d’avoir trouvé du travail en France, il espère retrouver les siens en Alsace. Mais à peine arrivé à Montreux-Vieux, alors gare frontière entre la France et l’Empire allemand, il est immédiatement arrêté par les autorités allemandes.

Conduit devant le Bezirks-Commando d’Altkirch, Rieffer est poursuivi pour s’être soustrait au service militaire allemand. Son retour se transforme en véritable épreuve : une peine de prison l’attend, avant d’être incorporé de force dans un régiment stationné à l’intérieur de l’Allemagne afin d’y accomplir le service militaire qu’il devait aux autorités impériales. Ce fait divers illustre toute la complexité de la condition des Alsaciens de cette époque, souvent tiraillés entre deux nations et confrontés à des choix douloureux imposés par l’histoire.

Quarante ans plus tard, le 19 juillet 1932, c’est une tout autre actualité qui touche la communauté ferroviaire. Les obsèques de Philibert Staffelbach, domicilié à Montreux-Vieux et chef de canton au réseau des chemins de fer d’Alsace-Lorraine, rassemblent une foule exceptionnelle à Oderen. Décédé prématurément avant d’avoir atteint l’âge de 46 ans, il laisse derrière lui une jeune épouse et une fillette de onze ans.

Rarement la commune avait connu un enterrement d’une telle ampleur. L’église est comble, remplie de cheminots venus rendre hommage à l’un des leurs, mais aussi d’anciens combattants et de nombreux habitants. Alphonse Mény, président de l’Union Nationale des Combattants, prononce un émouvant éloge funèbre. La chorale « Harmonie » d’Oderen, dont le défunt avait été membre, accompagne la cérémonie en interprétant une messe de Requiem à quatre voix ainsi qu’un poignant De profundis. Cet hommage témoigne de l’estime profonde dont bénéficiait Philibert Staffelbach auprès de tous ceux qui l’avaient connu.

Enfin, cette journée est aussi l’occasion d’avoir une pensée pour Madame Solange Clar, disparue le 19 juillet 2010. En évoquant son souvenir, c’est une page plus récente de la mémoire de Montreux-Vieux qui s’ajoute à celles des générations précédentes.

À travers ces événements, le 19 juillet nous rappelle que Montreux-Vieux est une terre où la grande Histoire et les histoires personnelles se rencontrent sans cesse. Derrière chaque date se cachent des femmes et des hommes dont les parcours, parfois tragiques, parfois exemplaires, continuent de faire vivre la mémoire de la commune.

Sources : La France, 19 juillet 1892 ; L’Express de Mulhouse, 19 juillet 1932

Une pensée pour :

  • Madame Solange Clar, décédée le 19 juillet 2010

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