Samedi 28 novembre sera pour nous l’anniversaire de notre libération. Voilà déjà neuf ans que nous avons accueilli notre délivrance dans une joie indescriptible.
Depuis plusieurs jours, on attendait avec une impatience fébrile l’arrivée des troupes françaises. Mais lorsque l’avance des Alliés fut arrêtée à Ronchamp, les Allemands en profitèrent pour renforcer leurs positions. Depuis le 22 novembre, jour de la prise de Belfort par les Alliés, des trains remplis de soldats épuisés, en haillons et couverts de boue arrivaient ici. Était-ce donc l’armée invincible ?
La crue de la Saint-Nicolas augmenta considérablement le même jour. Une étendue d’eau de plus de 50 cm de profondeur et de plus de cent mètres de large, alimentée par les pluies, recouvrait les prairies à la sortie du village, ce qui permit aux Allemands de se retrancher derrière cette protection. Ils firent sauter les ponts sur la Reppe, la Saint-Nicolas, la voie ferrée et le canal Rhin-Rhône.
Mais malgré toutes ces mesures, les troupes alliées poursuivirent leur avance. Et le 27 novembre, un char français bombarda le village avec des obus. Quelques maisons furent touchées, tandis que le château d’eau, considéré comme un poste d’observation, fut sérieusement endommagé. Pendant la nuit, les Allemands se retirèrent si discrètement que personne ne voulait y croire. Et le lendemain matin, ce fut notre tour d’être libérés !
Vers 8 heures, les premiers soldats en kaki venant de Montreux-Jeune entrèrent dans la commune. Enfin, « ils » étaient arrivés ! Presque toutes les maisons arborèrent aussitôt aux fenêtres et balcons les drapeaux tricolores jusque-là soigneusement cachés ou fabriqués clandestinement.
Aussi heureuse que fût la libération du village, où pas un seul coup de fusil ne fut tiré, les sacrifices supportés par les familles furent cependant lourds : ici manquait le père, là l’époux ou le fils, tombés sur de lointains champs de bataille ou morts dans les souffrances des camps de concentration.
Chacun se fera un devoir, en ce jour anniversaire, de pavoiser sa maison et de se souvenir avec gratitude des vaillants fils de la France qui ont donné leur vie pour notre libération.
L’administration communale a décidé d’organiser une cérémonie commémorative pour ce neuvième anniversaire, reportée toutefois au dimanche 29 novembre.
La population et les associations locales sont priées de se rassembler à 15 heures dans la cour de la mairie. De là partira un cortège vers le monument aux morts. Un appel particulier est adressé aux dames possédant un costume alsacien afin qu’elles se joignent au défilé.
Pour mémoire la date de libération était le 27 novembre 1944












