1945 : une France à reconstruire… et à déminer
Lorsque la Seconde Guerre mondiale prend fin en 1945, la France est certes libérée, mais elle demeure un immense champ de dangers. Les armées allemandes, alliées et parfois même les réseaux de résistance ont disséminé des centaines de milliers de mines dans les forêts, les champs, les chemins, les prairies ou encore le long des routes et des voies ferrées.
Les populations n’osent plus cultiver leurs terres, emmener les troupeaux dans les pâturages ou laisser les enfants jouer librement. Chaque pas peut être fatal.
Le 21 février 1945, le Ministère de la Reconstruction crée officiellement le Service du Déminage. Cette mission gigantesque est confiée à environ 3 200 volontaires français, rejoints par près de 30 000 prisonniers de guerre allemands, dont beaucoup participeront activement au nettoyage du territoire.
Le travail est particulièrement dangereux. Les démineurs ne disposent pratiquement d’aucune expérience. Les techniques modernes de neutralisation n’existent pas encore et chaque intervention représente un risque permanent.
Georges Schultz : le courage au service des autres
Parmi ces hommes figure Georges Schultz, habitant de Montreux-Vieux.
À la fin de la guerre, cet homme de 36 ans est père de six jeunes enfants. Comme beaucoup de Français, il peine à retrouver un emploi. Soucieux d’assurer l’avenir de sa famille, il choisit de s’engager dans le Service du Déminage, pleinement conscient des dangers auxquels il s’expose.
Très rapidement, ses supérieurs remarquent son engagement, son efficacité et surtout son courage hors du commun. Ses compagnons racontent qu’il ne reculait devant aucune mission. Son audace était telle qu’il rapportait parfois chez lui certains engins explosifs découverts sur le terrain, qu’il entreposait dans la cave de sa maison. Une pratique qui paraît aujourd’hui inimaginable mais qui témoigne à la fois de la rudesse des conditions de travail et du caractère intrépide de cet homme.
Le 18 juillet 1945, alors qu’il intervient dans une forêt près d’Ueberstrass, Georges Schultz découvre une mine. En la transportant pour la mettre en sécurité, il trébuche accidentellement. Dans sa chute, l’engin explose.
Le démineur est tué sur le coup.
Il laisse une épouse et six enfants en bas âge.
Reconnu Mort pour la France, son nom est gravé sur le monument aux morts de Montreux-Vieux, rappelant aux générations futures le sacrifice de cet homme qui a donné sa vie pour rendre les campagnes à nouveau accessibles et sûres.
Le courage d’une mère de famille
La disparition de Georges Schultz bouleverse profondément sa famille.
Son épouse, Cécile Karm, se retrouve seule avec six enfants : Georges, Hubert, Huguette, Raymonde, Cécile et Andrée.
Pour faire vivre sa famille, elle choisit d’exercer le métier de modiste, un véritable artisanat d’art. Elle crée et confectionne des chapeaux pour femmes et pour hommes, entièrement réalisés à la main. À cette époque, le chapeau est un accessoire indispensable de la vie quotidienne, particulièrement lors des cérémonies religieuses ou des sorties dominicales.
Grâce à un courage et une détermination remarquables, elle parvient à élever seule ses enfants, qui connaîtront tous une belle réussite professionnelle.
Parmi eux se trouve Andrée, née le 21 novembre 1944 dans la cave d’une maison de la Grand’Rue de Montreux-Vieux, aujourd’hui propriété de M. A. Trabold. Elle n’avait que huit mois lorsque son père trouva la mort. Aujourd’hui encore, son témoignage contribue à faire vivre cette mémoire familiale.
Le devoir de mémoire
Ces deux événements survenus un 18 juillet rappellent combien l’histoire locale est intimement liée à la grande Histoire.
Le premier témoigne des débuts de l’aviation militaire et des tensions internationales qui précèdent la Première Guerre mondiale. Le second rend hommage à ces centaines de démineurs qui, au lendemain de la Libération, ont accepté de risquer leur vie pour permettre aux habitants de retrouver leurs terres, leurs forêts, leurs villages et une existence normale.
À Montreux-Vieux, le nom de Georges Schultz demeure le symbole de ce courage discret. Son sacrifice, comme celui de tant d’autres démineurs, mérite d’être transmis aux générations futures afin que leur engagement ne sombre jamais dans l’oubli. Grâce à ces hommes, des milliers d’hectares de terres ont pu être rendus à l’agriculture, les forêts sont redevenues accessibles et les familles ont pu reprendre une vie paisible.
L’histoire de Montreux-Vieux ne se résume pas aux grands événements nationaux ; elle est aussi faite de ces destins individuels qui illustrent, avec force et émotion, le courage, le sens du devoir et l’espoir d’un avenir meilleur.












