Août 1914 : lorsque Montreux-Vieux se retrouva au cœur des premiers combats de la Grande Guerre
Au mois d’août 1914, alors que l’Europe bascule dans la Première Guerre mondiale, les villages de Montreux-Vieux, Montreux-Jeune et leurs environs deviennent, presque du jour au lendemain, le théâtre d’affrontements d’une intensité inattendue. Peu de personnes savent aujourd’hui que cette région fut le cadre de l’une des toutes premières grandes batailles de la campagne d’Alsace.
Après les premiers engagements autour de Mulhouse le 9 août 1914, l’armée française poursuit son offensive afin de reprendre l’Alsace, perdue depuis 1871. Les avant-gardes des 7ᵉ et 14ᵉ corps d’armée progressent vers Altkirch et Mulhouse, mais elles se heurtent rapidement à une résistance allemande beaucoup plus forte que prévu. Des renforts venus de plusieurs secteurs convergent vers le front, obligeant les Français à revoir leurs plans.
Les 12 et 13 août 1914, les combats gagnent les environs de Montreux-Jeune, Montreux-Vieux, Bréchaumont et Vauthiermont. Les soldats français occupent les bois situés à l’est de Montreux-Jeune et à l’ouest de Montreux-Vieux afin de barrer la route aux troupes allemandes. Le 235ᵉ régiment d’infanterie résiste avec courage et parvient même à élargir momentanément son front au nord de Montreux-Vieux. Malgré plusieurs succès locaux, la pression ennemie devient de plus en plus forte.
À Vauthiermont, le 60ᵉ régiment d’infanterie mène une contre-attaque énergique contre les troupes allemandes venues de Flaxlanden, les obligeant à reculer vers Dannemarie. Mais cette réussite ne suffit pas à inverser la situation. Pendant plusieurs heures, les combats font rage autour des villages, où les échanges d’artillerie et les attaques d’infanterie se succèdent sans relâche.
En fin d’après-midi du 13 août, la 113ᵉ brigade française reçoit finalement l’ordre de battre en retraite. Malgré plusieurs contre-attaques destinées à ralentir l’ennemi, les positions doivent être abandonnées au cours de la soirée. Le 57ᵉ régiment de réserve, fort d’environ 800 hommes, est alors engagé afin de couvrir le repli des troupes françaises.
Ces premiers affrontements démontrent rapidement que les forces engagées par la France sont insuffisantes pour mener à bien l’offensive. Le général Joseph Joffre décide alors de réorganiser entièrement le dispositif français. Le 12 août 1914, il crée une nouvelle Armée d’Alsace, confiée au prestigieux général Pau, composée du 7ᵉ corps d’armée, du 8ᵉ corps de cavalerie, de plusieurs divisions d’infanterie et de réserve, ainsi que de bataillons de chasseurs alpins chargés de surveiller les passages vosgiens.
Cette nouvelle armée reçoit une mission ambitieuse : reprendre Mulhouse, repousser les forces allemandes et poursuivre l’offensive jusqu’à Colmar afin de reconquérir toute la Haute-Alsace. Mais lorsqu’il prend son commandement, le général Pau découvre des unités éprouvées par plusieurs jours de combats autour de Montreux-Jeune et Montreux-Vieux. Des renforts sont alors appelés en urgence afin de permettre la reprise des opérations.
Du côté allemand, les événements provoquent également une profonde réorganisation. Le haut commandement renforce rapidement ses effectifs en Haute-Alsace, concentre de nouvelles unités autour de Mulhouse, Illfurth, Flaxlanden et Brunstatt, et prépare une solide ligne défensive destinée à stopper l’avance française. Les deux camps savent désormais que la campagne d’Alsace ne sera pas une guerre de mouvement aussi rapide qu’ils l’avaient imaginée.
Les combats reprennent avec violence dans les jours suivants, notamment autour de Flaxlanden, où le 97ᵉ régiment d’infanterie allemand lance plusieurs assauts sous un feu nourri de l’artillerie française. Les attaques se terminent parfois au corps à corps, baïonnette au canon, avant que les défenseurs français ne soient contraints de se replier vers les hauteurs environnantes.
Aujourd’hui encore, ces événements restent largement méconnus. Pourtant, les combats des 12 et 13 août 1914 ont placé Montreux-Vieux et les villages voisins au cœur de l’une des premières grandes opérations militaires de la Première Guerre mondiale en Alsace. Pendant quelques jours, ces paisibles communes sundgauviennes furent le théâtre de mouvements de troupes, de combats acharnés et de décisions stratégiques qui marquèrent durablement le début de la Grande Guerre dans la région.
Cette page d’histoire rappelle que Montreux-Vieux ne fut pas seulement un village situé près du front : il en fut l’un des acteurs involontaires, témoin des premiers affrontements qui allaient bientôt embraser toute l’Europe.












